France : 50 ans après mai 68

Christos Ionas

France 2018 : 50 ans après mai 68 , un printemps chaud, chaud, chaud !

En ce début de printemps, de très grandes luttes sont menées dans plusieurs secteurs importants : chez les travailleurs des trains (SNCF), secteur historique du mouvement ouvrier français, chez les étudiants mais aussi les enseignants d’université, sans oublier d’autres luttes multiples et souvent très résolues, comme l’opposition à un aéroport à Nantes, les mobilisations dans les magasins Carrefour contre les milliers de licenciements prévus, chez les fonctionnaires dont le statut est menacé par les fanatiques du libéralisme…

Bien sûr, la tentation est grande de dire que nous sommes, 50 ans après, à la veille d’un nouveau mai 68 ! Il est vrai qu’au moment où certains, dont Macron, sont prêts à célébrer ce cinquantième anniversaire comme un événement mondain, la réponse de la rue et des entreprises fait grand plaisir ! Mais il faut se méfier des comparaisons : nous ne sommes pas en mai 68, et ainsi, les lycéen-ne-s sont absents pour l’instant des mobilisations de la jeunesse. Et surtout, la situation de départ est très différente : l’an passé, Macron a pu être élu, avec ensuite une immense majorité de députés de son groupe, sur la base des défaites subies les années antérieures dans les mobilisations (sur les retraites, contre réformes dans l’éducation etc …) Son objectif a été dès le départ de profiter du sentiment de doute des jeunes et des travailleurs pour s’attaquer ouvertement au »monde ancien» , comme osent le dire ces gens-là, purs produits des conseils d’administration des grands groupes financiers et industriels (la ministre du travail est une multi millionnaire au patrimoine évalué à 7,5 millions d’euros, ancienne responsable du groupe Danone!), et les attaques se sont déclenchées sur tous les fronts, avec passage en force dès l’automne dernier -malgré une bonne mobilisation- d’une nouvelle loi rognant les acquis des travailleurs et favorisant les plus riches.

En cet instant, il est impossible de prévoir la suite. Mais ce qui est sûr, c’est qu’un climat social nouveau est clairement perçu, avec une volonté d’en découdre qui repose sur 2 éléments décisifs .

Le premier élément, c’est que le regard sur Macron change de plus en plus vite ces derniers temps : après nous avoir joué le scénario du président »ni de droite ni de gauche» ayant rallié à lui des responsables de la droite et du PS, il est vu maintenant comme le président des riches, et comme étant clairement de droite. Cette évolution est encore trop rarement accompagnée d’un rappel : au 1er tour de l’élection, Macron n’a réuni que 24 % des exprimés (18 % des électeurs), ce qui en fait en réalité dès le départ un président très minoritaire, d’autant qu’au second tour, même si bien des gens ont voté Macron pour affaiblir la fasciste Le Pen, il obtient certes 66,1 des exprimés, mais 43,6 % des électeurs inscrits!

Et bien sûr, le changement de situation réside avant tout dans la puissance des luttes en cours ! A la SNCF, ce sont tous les syndicats qui ont appelé à des grèves de 2 jours hebdomadaires sur une période de 3 mois pour imposer au gouvernement de retirer ses projets de privatisation et de casse des statuts. Les 3 premières semaines sont un succès, mais désormais il faudrait passer à la grève reconductible pour bloquer totalement : si certaines AG de cheminots sont pour cette forme, la CGT ou la CFDT du secteur y sont opposées pour le moment.

Dans l’éducation, une très forte mobilisation a commencé contre un projet mené par le ministre, grand promoteur des sciences neuro-cognitives contre la pédagogie, et par l’ultra libéral Macron, adorateur de l’école privée : un nouveau dispositif vise à renforcer la sélection et à détourner de fait les jeunes des milieux populaires de la poursuite d’études. Contre ce dispositif, les luttes et les blocages ont éclaté dans plusieurs facs : Toulouse, Rennes, Paris Tolbiac, Montpellier entre autres. Des AG réunissant jusqu’à 2500 étudiants comme à Rennes ont lieu, des examens sont annulés, de nombreux enseignants des facs refusent ce dispositif, mais la mobilisation ne s’est toujours pas étendue dans la majorité des facs et surtout, les lycéen-ne-s, premiers concernés par »Parcoursup», ne sont pas mobilisés pour le moment, sauf quelques cas comme à Tours (manifs de 2000 lycéens). Deux raisons à cela : un relatif défaitisme sûrement, le jeu de la concurrence scolaire ayant été introduit depuis longtemps (merci au PS !…), mais aussi la répression sauvage du »nouveau monde» macronien, avec des charges violentes de policiers et parfois des attaques de groupes fascistes qui tentent de réapparaitre ces derniers temps… sous les mêmes formes que dans les années 70.

La place manque ici pour évoquer toutes les luttes en cours : on devrait citer la formidable victoire des opposants à l’aéroport de Nantes, qui après une lutte pendant de longues années ont obtenu l’annulation du nouvel aéroport et se battent maintenant pour transformer en lieu d’activités sociales et agricoles non soumis à la logique libérale les terrains occupés. Face à la répression quasi militaire, la solidarité avec cette lutte s’est encore exprimée le 15 avril, avec des milliers de manifestants. Sans oublier bien sûr les mobilisations importantes dans la Fonction Publique, comme le 22 mars, contre le projet de casser l’esprit même du service public …

Face à ces mobilisations en profondeur, le gouvernement de Macron se prétend doté d’un mandat du peuple (rappelons-le : il n’a aucun mandat, il est minoritaire!) pour »faire avancer la France», c’est à dire en réalité pour revenir à des formes d’exploitation du 19ème siècle sinon plus avant encore vers la préhistoire. Pour l’instant, il affirme qu’il ne reculera pas, et attaque les mobilisations en accusant les »agitateurs» (comme en 68!) et en envoyant la police contre les jeunes en particulier, sans oublier la répression contre les militants syndicaux (cas d’un camarade du NPA, responsable local d’un syndicat de la Poste, qui vient de le licencier!) : c’est clair, Macron craint l’extension des luttes !

Face à cela justement, le mouvement populaire doit déboucher pour être vainqueur sur une convergence des luttes : même si pour le moment on a peu d’expériences d’auto-organisation, les travailleurs et les jeunes doivent imposer un mouvement d’ensemble. Mais même si on assiste ici ou là à de premières formes -étudiants invités dans des AG de cheminots et réciproquement- les luttes restent trop sectorisées pour le moment. En même temps, même si les directions syndicales ne tiennent évidemment pas à une explosion sociale, il leur assez difficile de trahir ouvertement, et pour des raisons électorales (importantes élections syndicales en automne) mais aussi parce que la défiance envers ces directions commence à être un fait politique dont elles doivent tenir compte en partie pour ne pas perdre plus d’adhérents demain !

Par ailleurs, sur le plan politique, le NPA a impulsé avec succès une unité politique à gauche en soutien aux luttes, avec participation entre autres du PCF, de France Insoumise (mais refus de Lutte Ouvrière…), comportant déclarations à la presse et visites sur le terrain, en particulier dans des petites villes ouvrières. Dans la période à venir, des manifestations nationales et autres initiatives auront lieu, à l’initiative soit des syndicats soit des partis, mais ce qui est sûr, c’est que la meilleure solidarité à ces luttes prometteuses, c’est d’en engager maintenant de plus nombreuses encore, pour éviter que l’hiver macronien soit glacial et au contraire pour créer un printemps chaud qui sera le plus bel hommage à mai 68 !

Christos Ionas

16 avril 2018

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